Spécialiste renommé de l’intelligence artificielle (IA), Yann Le Cun est professeur à l’université de New York et responsable de la recherche en IA chez Facebook. Il a été titulaire, en 2016, de la chaire « informatique et sciences numériques » au Collège de France. Il a notamment écrit Quand la machine apprend. La révolution des neurones artificiels et de l’apprentissage profond (Odile Jacob, 2019).
Comment répondez-vous aux nombreuses critiques qui fleurissent sur les effets potentiels, imaginaires ou réels, de l’IA ?
Il y a beaucoup d’effets positifs que les gens ignorent, certains sont potentiellement négatifs et d’autres relèvent du fantasme.
Aujourd’hui, quand on achète une voiture, celle-ci intègre un système nommé AEBS [Advanced Emergency Braking System], reposant sur des méthodes d’IA, qui permet par exemple de détecter qu’un piéton traverse la rue devant une voiture et qui entraîne automatiquement son freinage pour éviter l’accident. L’IA permet d’augmenter ainsi la sécurité routière. Selon les statistiques, cela diminue les collisions de 40 %.
De même, l’utilisation de l’IA pour l’analyse d’images médicales permet la détection de tumeurs dans les mammographies. Dans la décennie qui vient, on peut envisager le développement de beaucoup d’applications en sciences, en médecine et en biologie.
Grâce à l’IA, des entreprises comme Facebook ou Google arrivent aussi à filtrer automatiquement des contenus abusifs – pornographiques, violents, haineux, à caractère terroriste, etc. Il s’agit de permettre aux gens de communiquer sans tuer la liberté d’expression, tout en maintenant une certaine civilité dans le discours.
Il y a énormément d’applications positives dans la recherche d’information, la traduction, la compréhension de la langue naturelle, la reconnaissance de la parole, les agents virtuels intelligents du type Alexa.
Où vous situez-vous entre ceux qui craignent une évolution à la « Terminator » et ceux qui prédisent que l’IA va résoudre tous les problèmes ?
Les applications bénéfiques vont, de loin, l’emporter. Si certaines ont des effets négatifs, cela ne sera que temporaire. Toute nouvelle technologie crée des effets pervers qui sont ensuite corrigés.
Actuellement, deux inquiétudes sont perceptibles en Europe. La première porte sur l’emploi et concerne les salariés qui se demandent comment un robot peut les remplacer dans leur travail ou rendre leurs compétences professionnelles obsolètes. La seconde se situe à l’opposé : si l’Europe ne fait rien, la Chine ou les Etats-Unis vont prendre le contrôle de l’économie, car ces pays sont plus avancés que nous sur l’IA. Face à ces questions, la réponse est à la fois politique et économique.